Toute parole à enjeux génère du stress. Les principes à appliquer en communication orale sont toujours les mêmes. Que l’on soit en réunion, face à un comité, un jury ou un amphi. Que ce soit pour convaincre, vendre, débattre. Qu’on ait en face sa famille, ses collègues, des examinateurs ou des financiers. Ces 10 règles sont autant d’astuces faciles à mettre en oeuvre, et de pistes de progression. Nul besoin d’être un orateur expérimenté, ou d’avoir du charisme. Communiquer une impression de sérénité et de maîtrise du sujet, c’est aussi un état d’esprit.

Prenez rendez-vous pour un accompagnement personnalisé (présentiel ou visio), ou pour une formation : Créer son pitch, prendre la parole, utiliser la posture, le geste et la voix. Tenir le timing, ne pas se disperser, s’adapter. Trucs et astuces pour gérer son trac.
1- Message et pourquoi : être efficace, se rappeler pourquoi on est là
Le(s) message(s) : Se rappeler de l’objectif de la prise de parole !
Toute prise de parole (à enjeux) a un objectif, un ou deux messages à faire passer : convaincre, vendre, se vendre, être sympathique, dire non… il ne faut jamais perdre de vue l’objectif. Il faut également prendre en compte le contexte, l’auditoire. On va adapter son ton, sa posture, son vocabulaire, pour mieux faire passer le message.
Dès qu’il y a enjeu, il faut chercher l’efficacité. C’est pourquoi savoir précisément ce qu’on attend d’une prise de parole est très important. En général, on va vouloir :
- Obtenir quelque chose : convaincre, « vendre » (même si c’est une idée, une sortie, …), faire changer d’avis, …
- Obtenir une réponse ! combien de fois repart-on frustré de ne pas avoir été entendu, de ne pas avoir eu de réponse ?
- Au minimum, être entendu, écouté.
Pour cela il faudra être efficace, exprimer au mieux ce que l’on veut vraiment, sans se perdre, sans se disperser. On se rappelle l’objectif, le message, l’intention à transmettre. Et quoiqu’il arrive, on s’y tient. Il faut y voir une rampe que l’on tient tout le temps de la montée de l’escalier.
Et l’indirect, le besoin derrière
- Faire passer un ou deux messages indirects : émotion, intention. Calmer quelqu’un, ou au contraire montrer de la fermeté et dire sans le dire qu’on veut être respecté, … Cela peut également être le souhait de prouver une légitimité, de prendre confiance, de montrer une compétence…
- Projeter une image : parfois recevoir en retour de la reconnaissance, gagner en confiance en soi, se rendre sympathique, voir « inoubliable », cacher sa peur, …
Lorsqu’on a le temps, il est important de faire le tri dans ce que l’on souhaite vraiment d’une prise de parole.
Mais sans s’ajouter de la pression
En réfléchissant à ce que l’on attend vraiment, on peut aussi réfléchir aux conséquences d’un échec. Souvent, elles sont moins « grave » que ce que l’on envisage. Et c’est important de baisser la pression.
2- Débit et timing : Ralentir, respirer, laisser l’autre écouter
Avec le stress, on parle toujours trop vite. Donc, à moins d’être déjà rompu à l’exercice, ralentir. Toujours. Sinon, c’est une agression pour l’auditoire. De plus, on veut une expression claire, une bonne diction, et ne pas noyer le public. Tout ce qui est prononcé trop vite devient de la bouillie ! Même si vous n’êtes pas un orateur expérimenté, vous pouvez contrôler votre débit, votre vitesse.
Rythme : Utiliser les silences et contraster.
On a souvent peur des silences. A tord. De brèves pauses sont nécessaires pour que l’auditoire comprenne ce que l’on veut dire. Il faut lui laisser le temps. De plus, ça aide à détendre tout le monde. Cet article détaille l’utilisation du rythme et des silences pour mieux faire passer un message.
Les contrastes dans le rythme, les intonations et même le volume, permettent de ne pas lasser. Ils surprennent, ils permettent de mettre en gras ou en italique des mots.
3- Intonation et interprétation : ne pas ennuyer, captiver
Posez-vous la question. Quand êtes-vous intéressé, voir captivé ? Pas quand vous vous ennuyez.
On ne délivre pas un message comme si on n’était pas concerné. On le vit, on lui donne vie, on l’interprète. On évite ainsi le ton monocorde. C’est la difficulté de « trop » savoir ce qu’on va dire. De l’avoir peut-être répété trop souvent sur un évènement. Cela devient monotone. Pourtant, il faut savoir habiter, revivre ce que l’on dit, à chaque fois. Comme si c’était la première.
Mieux vaut prendre un instant, une respiration, pour retrouver un peu d’enthousiasme avant de dire ce que l’on a à dire. Cela donne de la force au message.
4- Intention, regard, visage : Sourire, décrisper le visage. Ou pas !
Quelque soit le contexte et le message que l’on veut faire passer: détendre les muscles du visage, du cou et des épaules (baisser les épaules).
Cela améliore :
- La qualité du sourire, sa franchise, le capital sympathie.
- L’impression de confiance en soi (on est détendu = on se sent en sécurité = on projette une image de force et de solidité). Même si à l’intérieur on est en panique, il faut détendre le haut du corps.
- La qualité de la voix. Elle passe mieux, coince moins, est plus sereine.
Et bien entendu, le regard est essentiel. Le mieux est de fixer des interlocuteurs, les uns après les autres, ne manière non mécanique. Si c’est trop compliqué, il est possible de fixer des points « au loin » (en fond de salle) : porte, tableau, … le tout est de ne jamais regarder dans le vide. Tout regard dans le vide fait passer le message d’un regard tourné vers l’intérieur ! Et donc pas vers les interlocuteurs.
5- Le corporel : occuper l’espace, bouger un peu, pas trop.
Il ne faut pas être statique. Mais il ne faut pas non plus faire des allez retours. L’idéal est souvent de ne pas changer de place sur la « scène ». Mais d’utiliser les bras et les mains. Sans faire des gestes permanents. Juste de temps en temps. Les gestes ne sont pas monotones, pas toujours les mêmes. il est possible de s’habituer à quelques gestes et les répéter pour ponctuer la présentation.
On évite de se tortiller les mains, de mettre les mains dans les poches, etc. Que fait-on des mains ? Rien, ou on marque le discour. Mais jamais tout le temps. Jamais régulier. Jamais hypnotique. Jamais en venant parasiter le message.
Attention à la lumière
Si l’on peut, éviter de se placer en contre-jour… ou dans l’ombre. Facilitez la vie du public. Qu’il vous voit sans se fatiguer.
S’il y a un support projeté, ne pas rester devant!
Erreur classique à éviter. Il faut choisir sa position avant de commencer. Et ensuite, ne plus en changer.
Adopter une posture détendue, des gestes qui viennent en soutien.
Les gestes des bras et des mains sont contrôlés. Ils viennent en support au discours. Ils sont souvent amorcés dans les silences. Ils sont terminés et « fixés » sur les mots importants.
Le langage corporel, la communication (non) verbale
C’est évidemment un point important. Tout dépend du message « émotion » que vous voulez faire passer. Souvent, adopter une posture détendue mais dynamique, est un bon juste milieu.
- Détendu, serein : inspire la confiance, amène la sympathie
- Pas trop détendu non plus : du dynamisme
- Sur de soit sans en faire trop : un peu d’humilité discrète, ça fait toujours du bien
- Du dynamisme sans hyper-activité : ne fatiguez pas le public rien qu’en entrant dans la salle.
Ajoutez un visage détendu et souriant, des épaules détendues, et peu de gestes (ça évitera les interprétations).
6- Même en monologue, faire participer
Gestion de la salle, du groupe : observer, surveiller l’auditoire, utiliser le regard.
Même si le regard ne se fixe pas sur un interlocuteur, il doit sembler aller de l’un à l’autre. Et si c’est possible (en fonction du contexte), il peut regarder un interlocuteur. En captant son regard, on l’implique. Et en observant, on ajuste.
- Observez sans scruter, ne laissez rien voir de ce que cela « vous fait ». Restez serein (dans le langage corporel et sur le visage, même si c’est différent dans votre tête)
- Adaptez : le public s’ennuie ou vous écoute ?
- Vous n’avez pas besoin d’avoir 100% de l’auditoire attentif. D’autant plus que beaucoup de gens regardent leurs pieds ou ailleurs quand ils écoutent vraiment. Et vous n’êtes pas responsables des soucis des gens qui peuvent avoir besoin de penser à autre chose.
- Si vous voyez que tout le monde décroche : rompez votre monotonie, passez à une autre étape de présentation. Ou, si c’est possible, interrompez vous et interrogez.
Les gestes, un déplacement, un changement de volume ou de débit, un silence. Autant de moyens de capter l’attention.
7 – Trucs et astuces pour gérer son trac et ses peurs
Respirer, penser à autre chose, faire une pause avant de commencer
Un peu de respiration abdominale, un peu de cohérence cardiage (inspirer sur 5secondes, expirer sur 5 secondes). Se focaliser sur sa respiration et penser à quelque chose d’agréable qui sera fait ensuite, et ce quelle que soit la réussite (ou non) de la prise de parole. Ca peut être simplement le repas du soir, ou une bonne douche. Quelque chose qui ramène à la réalité du quotidien.
Imaginer …
Conseil classique mais qui fonctionne souvent si en face d’un jury. Imaginer le jury en pyjama avec un bonnet de nuit sur la tête. Ce n’est pas irrespectueux, ça rappelle juste que chacun est un être humain.
Connaître la première phrase par cœur.
Si on risque le stress, il faut connaître sa première phrase par cœur. Silences compris. Ainsi, même si le cerveau fige, le démarrage est bon. En général, on connaît son domaine et ensuite ça file tout seul.
Cette première phrase peut inclure « bonjour (pause, sourire), je vais… ».
Mettre son « costume » de personnage professionnel mais … ne pas trop se transformer
Sauf cas particulier, on s’en sort beaucoup mieux en restant soi-même. Juste une version plus à l’aise et plus en contrôle. Et connaissant ces 10 « trucs et astuces ».
8 – Être bien préparé, bien structuré, pour mieux s’adapter
Il y a souvent débat ; faut-il savoir par cœur ? ou pas ! Même lorsque l’on fait un tour de table en réunion, on peut paniquer et répéter en boucle ou vouloir noter LA phrase.
Voici quelques arguments :
- En théâtre, on apprend par cœur pour pouvoir ensuite se libérer du texte. On peut mettre toute son attention et son énergie dans la voix, l’intonation, l’observation de la salle, l’adaptation, etc.
- Avec un texte connu, on a moins de risque de « perdre ses mots ». On les connait, ils sortent tout seuls, même en cas de stress ou de fatigue (quand on doit répéter pour la 10ième fois la même chose, en fin de soirée, lors d’un évènement de réseautage par exemple). C’est un automatisme
- Si on est interrompu, dispersé, moins de panique : on sait ce qu’on a à dire.
- Mais attention à ne pas sortir mécaniquement un texte « trop » connu.
Préparer, structurer, lisser, fluidifier : rédiger puis se détacher.
Rédiger un texte (que ce soit un paragraphe ou deux phrases), permet de structurer la pensée. Le déroulement est alors plus logique pour l’auditoire. Rédiger permet de prendre du recul. On rédige, on oublie, on revient dessus et on constate, on améliore, on élimine ce qui parasite le message.
Cela peut aussi obliger à trouver les bons mots. En travaillant dessus, en le « répétant » tout seul devant sa glace, on s’habitue. Inutile de savoir par cœur. Il ne faut même pas chercher à essayer. Le texte est comme les roulettes du vélo. Il aide au départ puis on s’en détache.
Improviser
Quelle que soit la préparation, on peut toujours avoir à improviser. Faites-vous confiance, revenez sur des sujets que vous connaissez, ce sera facile d’y improviser.
9 – Et quand tout va mal ? se rappeler les enjeux, s’autoriser l’humanité
Oui, parfois, ça ne fonctionne pas. Un stress trop important, une grande fatigue, un mal au ventre, une personne agressive dans l’auditoire, ou un jury qui regarde ailleurs. Des téléphones qui sonnent, de la mauvaise foi, « la » mauvaise question…
- Se rappeler du message principal : si on perd le fil, on revient au message principal. C’est lui qui compte.
- S’autoriser un moment de difficulté, et le dire : un sourire, « désolé, je ne sais plus où j’en étais ».
- Ne rien prendre personnellement. En dehors d’une situation avec des proches, rien ne peut être pris sur le plan personnel. Car les gens à qui l’on parle … ne nous connaissent pas.
Et si c’est la voix qui coince ?
Ca arrive. Demander un verre d’eau si c’est possible, ou dire qu’on est un peu malade (que ce soit vrai ou non). Quand une voix coince, c’est en général l’effet du stress : la gorge se serre, la voix ne sort pas. Inspirer tranquillement, compter jusqu’à 5 dans sa tête, expirer le plus lentement possible et baisser les épaules. Ca aide.
10 – l’astuce qui sauve
Ma règle d’or : quoiqu’il arrive, continuer à sourire (ou au moins à avoir le visage détendu). C’est ainsi que le jour où on dit « non », c’est entendu.
Quelle que soit la préparation, le stress peut tout casser. Chacun, un jour, s’est raté. Chacun, un jour, se ratera. Cela peut arriver, et c’est rarement dramatique. Lorsque cela arrive :
- Prendre un instant pour respirer, sourire : être humain. Le public aussi est humain. Une respiration, un sourire, c’est souvent suffisant.
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